En bref

L’enjeu

80% des personnes âgées souhaitent vieillir le plus longtemps possible chez elles et l’adaptation de leur cadre de vie est un des facteurs essentiels pour rester autonome. Les seniors autonomes et modestes peuvent rencontrer plusieurs difficultés qui sont susceptibles de les précipiter trop rapidement dans la dépendance :

  • Le logement est de moins en moins adapté aux besoins (escaliers, baignoire)
  • De nouveaux besoins liés au vieillissement apparaissent (services, mobilité)
  • Le risque d’isolement s’accentue (passage à la retraite, éloignement géographique de la famille)

De nombreuses solutions et acteurs contribuent à accompagner les personnes âgées à leur domicile en France. Toutefois, ces offres restent difficilement visibles et lisibles en termes d’acteurs et de processus, elles sont inégalement réparties sur le territoire en fonction des zones géographiques ou de la présence ou non d’opérateurs, et elles touchent avec difficulté les seniors visés, qui peuvent ne pas être informés ou intéressés par les offres malgré de réels besoins.

La démarche proposée

L’objectif de la démarche proposée par l’Action Tank est d’accompagner les seniors en situation de fragilité de manière préventive et pro-active pour vieillir plus longtemps à domicile en bonne santé.

Cette démarche s’adresse aux acteurs territoriaux souhaitant innover dans leur politique d’accompagnement des seniors en situation de fragilité. Cette démarche est territoriale, et mobilise l’ensemble des partenaires intervenant sur le territoire. Elle s’appuie sur 4 leviers :

  • Le repérage proactif des fragilités
  • L’adaptation de l’habitat
  • L’animation sociale
  • L’accès à des services adaptés.

Cette démarche est en cours d’expérimentation en partenariat avec 2 acteurs :

  • Le bailleur social Finistère Habitat depuis septembre 2018. 800 locataires de plus de 60 ans sur trois zones géographiques différentes sont suivis par 5 chargés de clientèles dont le rôle est de :
    • identifier les personnes âgées fragiles de manière pro-active
    • les informer sur les dispositifs existants (aides, adaptations du logement, services)
    • les mettre en lien avec leur entourage et les structures organisant des activités culturelles, physiques, culinaires …
    • suivre l’action mise en place
  • Le département de la Seine Saint Denis depuis juillet 2019 avec la direction Autonomie-Personnes âgées et personnes en situation de handicap dans le cadre de sa stratégie favorisant l’autonomie et l’inclusion.

Les partenaires du programme

En savoir plus

En 2040, les personnes âgées de plus de 60 ans représenteront un tiers de la population française et la part des personnes âgées de plus de 75 ans aura presque doublé (passant de 9,3% en 2016 à 16% en 2060). La majorité de ces futurs seniors ne devrait pas être dépendante : actuellement, seuls 8% des plus de 60 ans et 12% des plus de 75 ans sont jugés dépendants, et cette proportion devrait rester stable.

Le vieillissement s’accompagne toutefois d’un accroissement des fragilités physiques (40% des personnes de plus de 65 ans[1]) et des maladies chroniques (70% des personnes de plus de 65 ans), qui augmentent le risque de perte d’autonomie. Ce risque est particulièrement marqué pour les personnes à revenus modestes (isolement, problèmes de santé, risque de dépendance précoce) et seules. A ces fragilités physiques et financières, s’ajoutent des fragilités nutritionnelles ou encore sociales.

La fragilisation est précurseur d’une entrée dans la dépendance, mais ce processus est encore réversible. Si la fragilité est détectée suffisamment tôt, une multitude de services existants et à destination des personnes âgées peuvent être actionnés pour améliorer l’état global de la personne ciblée, et allonger l’espérance de vie en bonne santé[2].

Certains facteurs sont aggravants des fragilités comme la solitude, le logement inadapté, ou encore la difficulté d’accès aux services et à la mobilité, et il est important d’apporter une réponse pratique et sur mesure.

La solitude

Des études ont montré que la solitude a un impact sur la santé équivalent à la consommation quotidienne de 15 cigarettes, et supérieur à l’obésité ou l’inactivité physique[3]. D’autres hypothèses de recherche ont mis en évidence la solitude définit comme le fait que vivre seul et avoir un nombre de contacts qualitatifs limités, a des effets directs sur la consommation de soins.

  • Vivre seul ne permet pas d’évaluer sa santé
  • Limite la connaissance de l’organisation du système de santé[4]
  • Vivre seul limite le volume de soins informels[5]

Ces effets directs sur les dépenses en consommation de soins équivalent à 800€ par personne de plus de 60 ans et par an[6].

Le logement inadapté

La vie dans le logement évolue en fonction des capacités physiques de la personne. Avec l’avancée en âge, ces capacités diminuent et le logement devient rapidement inadapté à son occupant. Cela peut également impacter son état de santé perçu. Il est plus aisé de rentrer dans une douche que dans une baignoire, ou de brancher un appareil électroménager dans une prise électrique au niveau de la taille qu’au niveau la cheville.

Un logement inadapté augmente fortement le risque de chute. 62% des 450 000 chutes enregistrées chaque année en France surviennent à domicile[7], sachant que le coût hospitalier annuel lié à la prise en charge des chutes égale les 2 milliards d’euros.

Aujourd’hui, 2 millions de logements nécessiteraient une adaptation du fait de l’avancée en âge de son occupant.

Un logement inadapté peut également contraindre au déménagement et provoquer un traumatisme chez la personne âgée ayant vécu pour la plupart un grand nombre d’années dans son logement.

La difficulté d’accès aux services et à la mobilité

Une grande majorité des personnes âgées de plus de 60 ans ne connaissent pas les services ou dispositifs qui leur sont dédiés. Lors de notre première expérimentation avec Finistère Habitat, nous avons constaté que 70% des locataires de plus de 60 ans ne connaissent pas le CLIC, et la part restante en a entendu parler. Aucun ne s’y est référé. La méconnaissance des dispositifs conduit à un non-recours conséquent.

En termes de mobilité, les aides dédiées sont souvent très contraintes, par l’âge, le niveau de ressources ou encore le niveau d’autonomie (notamment avec le niveau de GIR), ce qui a pour effet de limiter le recours et de créer un besoin marquant de mobilité adaptée.

[1] Selon Linda Fried, la fragilité se caractérise chez une personne par la présence de plus de 3 des 5 critères suivants : (1) perte de poids involontaire ; (2) diminution de la vitesse de marche ; (3) sentiment d’épuisement exprimé ; (4) diminution de la force musculaire ; (5) grande sédentarité.[2] Selon l’insee, l’espérance de vie (EV) en bonne santé est l’EV sans incapacité, et plus précisément avec l’absence de limitation dans les activités usuelles (éducation, professions, activités domestiques). En France, l’EV à la naissance est de 79,3 pour les hommes et 85,3 pour les femmes (supérieur à la moyenne européenne), alors que l’EV en bonne santé est de 62,7 pour les hommes et 64,1 pour les femmes (inférieur à la moyenne européenne).[3] Hawkley LC, Cacioppo JT. Loneliness and pathways to disease. Brain Behav Immun. 2003;17:S98–105 [4] Littérature abondante autour du « capital social » et le rôle qu’il a dans la connaissance de l’organisation et de son fonctionnement, Kawachi et al. 2000 [5] Le principal aidant est le conjoint. Les aidants informels sont des substitutions imparfaites (enfants, voisins) ce qui augmente le besoin d’aidant professionnels. [6] Chiffres de l’IRDES (CNAM et CNAV), évalués par Nicolas Sirven, économiste de la santé spécialisé en vieillissement, mâtre de conférence à l’université de Paris Descartes. [7] Rapport sur l’adaptation du logement à l’autonomie des personnes âgées, Anah –  Cnav, 2013 

De nombreuses solutions et acteurs contribuent à accompagner les personnes âgées à leur domicile en France. Toutefois, ces offres restent difficilement visibles et lisibles en termes d’acteurs et de processus ; segmentées en fonction des niveaux de fragilité des publics, ou des types de besoins ; inégalement réparties sur le territoire en fonction des zones géographiques (urbain ou rural) ou de la présence ou non d’opérateurs ; et touchent avec difficulté les seniors visés, qui peuvent ne pas être informés ou intéressés par les offres malgré de réels besoins.

La démarche de l’Action Tank a pour objectif d’accompagner les personnes âgées en situation de fragilité de manière préventive et pro-active pour leur permettre de mieux vieillir à domicile.

Cela se traduit en une action en quatre volets :

  • Identifier les personnes âgées en situation de fragilité: repérer ces personnes est l’élément déterminant pour les accompagner de manière préventive et pro-active, via une démarche d’« aller-vers ».
  • Les reconnecter à leur environnement social: réactiver une vie sociale en proposant aux personnes âgées de participer à des activités diverses, pour leur permettre de se sentir plus entourées et d’améliorer de manière significative leur santé et leur condition physique.
  • Leur permettre d’adapter leur logement: faciliter l’accès aux aides pour adapter le logement et anticiper les évolutions physiques liés à l’avancée en âge pour permettre aux personnes âgées qui le souhaitent de rester dans leur logement.
  • Faciliter l’accès aux services et à la mobilité: informer les personnes âgées sur les services et dispositifs existants, et encourager leur mobilité, en travaillant avec tous les acteurs et améliorer leur collaboration pour permettre un vieillissement à domicile sécurisé et serein.

Cette démarche repose sur une approche territoriale :

  • Une action collaborative avec l’ensemble des acteurs territoriaux (acteurs de la gérontologie et autres acteurs en contact avec les personnes âgées)
  • Le recours aux services existants, et le développement de services complémentaires

La conception d’une expérimentation est réalisée en partenariat avec l’acteur territorial (collectivité, bailleur social) et s’opère en 3 phases :

  • Phase 1 : réalisation d’un diagnostic territorial
    • Comprendre les besoins du territoire et les pratiques opérationnelles des acteurs
    • Comprendre des besoins des personnes âgées
    • Mobiliser des acteurs du territoire
  • Phase 2 : co conception de l’expérimentation
    • Designer de manière collective une solution intégrée au système actuel. Le protocole d’intervention définit les modalités d’identification et d’accompagnement des seniors fragiles
  • Phase 3 : test et déploiement
    • Lancer le dispositif et l’améliorer de manière itérative

Notre première expérimentation en partenariat avec Finistère Habitat

Notre démarche est en cours d’expérimentation avec Finistère Habitat, bailleur social du Finistère, sur trois zones géographiques. 800 locataires de plus de 60 ans sont suivis par 5 chargés de clientèles dont le rôle est de :

  • identifier les personnes âgées fragiles de manière pro-active
  • les informer sur les dispositifs existants (aides, adaptations du logement, services)
  • les mettre en lien avec leur entourage et les structures organisant des activités culturelles, physiques, culinaires (…)
  • suivre l’action mise en place

Un pilote, financé par Finistère Habitat, a assuré :

  • l’état des lieux initial des dispositifs et acteurs existants
  • la mise en place du dispositif au sein de Finistère Habitat
  • l’animation de la collaboration avec l’ensemble des partenaires locaux grâce à partenariats conventionnés et actifs

L’expérimentation a débuté en septembre 2018 et porte sur une durée de 3 ans, avec pour ambition de déployer le dispositif pour tous les locataires de plus de 60 ans de Finistère Habitat, et potentiellement pour toutes les personnes âgées du plus de 60 ans du Finistère.

Aujourd’hui, l’objectif est de pérenniser les bonnes pratiques et les outils issus de l’expérimentation en les intégrant aux pratiques de Finistère Habitat, et de sensibiliser l’ensemble du personnel de proximité aux enjeux du vieillissement.

Expérimentation avec le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Depuis la fin de l’année 2019, l’Action Tank collabore avec la direction Autonomie – Personnes âgées et personnes en situation de handicap du Département de la Seine-Saint-Denis. Deux chantiers principaux ont été identifiés et initiés.

  • La prise en compte du vieillissement dans la question de l’habitat, en collaboration avec les bailleurs intervenant sur le 93 et les institutionnels ;
  • Le développement du lien social grâce à la création de 25 tiers-lieux ciblant les seniors, les aidants et les professionnels du médico-social à domicile.

Perspectives

L’Action Tank Entreprise et Pauvreté recherche un nouveau terrain d’expérimentation à l’échelle d’un territoire (ville / agglomération / département) afin de lancer une action à destination de l’ensemble des personnes âgées (y compris du parc privé).