En bref

L’enjeu

La très grande majorité des personnes âgées souhaite vieillir le plus longtemps possible chez elles et l’adaptation du cadre de vie est un des facteurs qui permet de rester autonome dans son logement. Plusieurs problématiques sont rencontrées par les seniors autonomes modestes :

  • Les ressources financières diminuent fortement (passage à la retraite, perte de conjoint, …)
  • Le logement est de moins en moins adapté aux besoins.
  • De nouveaux besoins liés au vieillissement apparaissent avec l’âge.
  • Le risque d’isolement s’accentue avec l’âge.

A ces constats s’ajoutent diverses questions.

  • A quel moment intervenir pour prévenir des fragilités avec une efficacité optimale, en respectant le libre-choix des personnes ?
  • Quelle réponse proposer pour prévenir la perte d’autonomie et de la solitude ?
  • Comment rendre cette réponse accessible aux personnes modestes, tout en limitant le recours aux subventions publiques ?

La démarche proposée

L’objectif du programme expérimental est de financer une identification proactive des seniors seuls et fragiles et une action collaborative entre les acteurs de territoire visant à accompagner au vieillissement à domicile. En déployant une méthode globale et multidimensionnelle combinant l’adaptation du logement, une animation sociale et l’accès à des services adaptés, l’Action Tank a pour objectif d’améliorer l’espérance de vie en bonne santé des seniors seuls et fragiles à domicile.
Une première phase de diagnostic de territoire (3 à 6 mois) permet de déterminer le périmètre d’intervention et de mobiliser les acteurs du territoire, et repose sur un état des lieux des services existants et une analyse de la
situation initiale des personnes ciblées et de leurs besoins.

Une deuxième phase repose sur la mise en place d’un protocole d’intervention fondé sur deux principes :

  • La réorganisation des services d’accompagnement via une meilleure coordination des actions existantes et/ou la création de nouveaux services en cas de besoins recensés notamment sur l’adaptation du logement, l’accessibilité aux services et le lien social.
  • Une proactivité de ces services en direction des personnes âgées cibles.

Les partenaires du programme

En savoir plus

En 2040, les personnes âgées de plus de 60 ans représenteront un tiers de la population française et la part des personnes âgées de plus de 75 ans aura presque doublé (passant de 9,3% en 2016 à 16% en 2060). La majorité de ces futurs seniors ne devrait pas être dépendante : actuellement, seuls 8% des plus de 60 ans et 12% des plus de 75 ans sont jugés dépendants, et cette proportion devrait rester stable.

Le vieillissement s’accompagne toutefois d’un accroissement des fragilités physiques (40% des personnes de plus de 65 ans[1]) et des maladies chroniques (70% des personnes de plus de 65 ans), qui augmentent le risque de perte d’autonomie. Ce risque est particulièrement marqué pour les personnes à revenus modestes (isolement, problèmes de santé, risque de dépendance précoce) et seules. A ces fragilités physiques et financières, s’ajoutent des fragilités nutritionnelles ou encore sociales.

La fragilisation est précurseur d’une entrée dans la dépendance, mais ce processus est encore réversible. Si la fragilité est détectée suffisamment tôt, une multitude de services existants et à destination des personnes âgées peuvent être actionnés pour améliorer l’état global de la personne ciblée, et allonger l’espérance de vie en bonne santé[2].

Certains facteurs sont aggravants des fragilités (Annexe 2) comme la solitude, le logement inadapté, ou encore la difficulté d’accès aux services et à la mobilité, et il est important d’apporter une réponse pratique et sur mesure.

La solitude

Des études ont montré que la solitude a un impact sur la santé équivalent à la consommation quotidienne de 15 cigarettes, et supérieur à l’obésité ou l’inactivité physique[3]. D’autres hypothèses de recherche ont mis en évidence la solitude définit comme le fait que vivre seul et avoir un nombre de contacts qualitatifs limités, a des effets directs sur la consommation de soins.

  • Vivre seul ne permet pas d’évaluer sa santé
  • Limite la connaissance de l’organisation du système de santé[4]
  • Vivre seul limite le volume de soins informels[5]

Ces effets directs sur les dépenses en consommation de soins équivalent à 800€ par personne de plus de 60 ans et par an[6].

Le logement inadapté

La vie dans le logement évolue en fonction des capacités physiques de la personne. Avec l’avancée en âge, ces capacités diminuent et le logement devient rapidement inadapté à son occupant. Cela peut également impacter son état de santé perçu. Il est plus aisé de rentrer dans une douche que dans une baignoire, ou de brancher un appareil électroménager dans une prise électrique au niveau de la taille qu’au niveau la cheville.

Un logement inadapté augmente fortement le risque de chute. 62% des 450 000 chutes enregistrées chaque année en France surviennent à domicile[7], sachant que le coût hospitalier annuel lié à la prise en charge des chutes égale les 2 milliards d’euros.

Aujourd’hui, 2 millions de logements nécessiteraient une adaptation du fait de l’avancée en âge de son occupant.

Un logement inadapté peut également contraindre au déménagement et provoquer un traumatisme chez la personne âgée ayant vécu pour la plupart un grand nombre d’années dans son logement.

La difficulté d’accès aux services et à la mobilité

Une grande majorité des personnes âgées de plus de 60 ans ne connaissent pas les services ou dispositifs qui leur sont dédiés. Chez Finistère Habitat, 70% des locataires de plus de 60 ans ne connaissent pas le CLIC, et la part restante en a entendu parler. Aucun ne s’y est référé. La méconnaissance des dispositifs conduit à un non-recours conséquent.

En termes de mobilité, les aides dédiées sont souvent très contraintes, par l’âge, le niveau de ressources ou encore le niveau d’autonomie (notamment avec le niveau de GIR), ce qui a pour effet de limiter le recours et de créer un besoin marquant de mobilité adaptée.

 

[1] Selon Linda Fried, la fragilité se caractérise chez une personne par la présence de plus de 3 des 5 critères suivants : (1) perte de poids involontaire ; (2) diminution de la vitesse de marche ; (3) sentiment d’épuisement exprimé ; (4) diminution de la force musculaire ; (5) grande sédentarité.[2] Selon l’insee, l’espérance de vie (EV) en bonne santé est l’EV sans incapacité, et plus précisément avec l’absence de limitation dans les activités usuelles (éducation, professions, activités domestiques). En France, l’EV à la naissance est de 79,3 pour les hommes et 85,3 pour les femmes (supérieur à la moyenne européenne), alors que l’EV en bonne santé est de 62,7 pour les hommes et 64,1 pour les femmes (inférieur à la moyenne européenne).[3] Hawkley LC, Cacioppo JT. Loneliness and pathways to disease. Brain Behav Immun. 2003;17:S98–105 [4] Littérature abondante autour du « capital social » et le rôle qu’il a dans la connaissance de l’organisation et de son fonctionnement, Kawachi et al. 2000 [5] Le principal aidant est le conjoint. Les aidants informels sont des substitutions imparfaites (enfants, voisins) ce qui augmente le besoin d’aidant professionnels. [6] Chiffres de l’IRDES (CNAM et CNAV), évalués par Nicolas Sirven, économiste de la santé spécialisé en vieillissement, mâtre de conférence à l’université de Paris Descartes. [7] Rapport sur l’adaptation du logement à l’autonomie des personnes âgées, Anah –  Cnav, 2013 

La démarche

De nombreuses solutions et acteurs contribuent à accompagner les personnes âgées à leur domicile en France. Toutefois, ces offres restent complexes en termes d’acteurs et de processus ; segmentées en fonction des niveaux de fragilité des publics, ou des types de besoins ; inégalement réparties sur le territoire en fonction des zones géographiques (urbain ou rural) ou de la présence ou non d’opérateurs ; et touchent avec difficulté les seniors visés, qui peuvent ne pas être informés ou intéressés par les offres malgré de réels besoins.

Notre projet est d’accompagner les personnes âgées fragiles de manière préventive et pro-active pour leur permettre de mieux vieillir à domicile.

Cela se traduit en une action en quatre volets :

  • Identifier les personnes âgées fragiles: repérer les personnes âgées fragiles est l’élément déterminant pour les accompagner de manière préventive et pro-active, via une démarche d’« aller-vers ».
  • Les reconnecter à leur environnement social: réactiver une vie sociale en proposant aux personnes âgées de participer à des activités diverses, pour leur permettre de se sentir plus entourées et d’améliorer de manière significative leur santé et leur condition physique.
  • Leur permettre d’adapter leur logement: faciliter l’accès aux aides pour adapter le logement et anticiper les évolutions physiques liés à l’avancée en âge pour permettre aux personnes âgées qui le souhaitent de rester dans leur logement.
  • Faciliter l’accès aux services et à la mobilité: informer les personnes âgées sur les services et dispositifs existants, et encourager leur mobilité, en travaillant avec tous les acteurs et améliorer leur collaboration pour permettre un vieillissement à domicile sécurisé et serein.

Le dispositif repose sur une approche territoriale :

  • Une action collaborative avec l’ensemble des acteurs territoriaux
  • Le recours aux services existants

Une intervention est optimale sur un territoire (une collectivité locale ou un département) si une collaboration entre tous les acteurs de la gérontologie et autres acteurs en contact avec les personnes âgées est établie. Ces acteurs sont publics, associatifs ou privés à but lucratif, et l’ensemble d’entre eux permet d’adresser une réponse globale et cohérente à toutes les fragilités évoquées précédemment (fragilités physiques, sociales, nutritionnelles, ou financières).

Un pilote assure la bonne collaboration des acteurs autour du projet. Cette fonction, financée par l’expérimentation, peut être portée par un acteur local (ville, CARSAT, conseil départemental) en lien direct avec les 60 ans et plus.

Phase 1 : réalisation d’un état des lieux des dispositifs et des acteurs existants sur le territoire

Une première phase de diagnostic de territoire (3 à 6 mois) permet de déterminer le périmètre d’intervention, de mobiliser les acteurs du territoire, et d’identifier les besoins des personnes âgées sur ce territoire.

Le diagnostic de territoire repose sur :

  • un état des lieux des services existants sur le territoire à destination des personnes âgées de plus de 60 ans
  • une analyse de la situation initiale des personnes ciblées et de leurs besoins via un questionnaire et des focus groupes
  • une mobilisation de l’ensemble des acteurs du territoire autour du projet

Phase 2 : co-conception d’un dispositif opérationnel adapté

Sur la base des enseignements du diagnostic, des ateliers sont réalisés avec les acteurs afin d’établir le protocole d’intervention adapté. L’intervention est modulable en fonction du territoire, et est déterminée par tous les acteurs selon leur mode d’agir.

Le protocole permet de déterminer :

  • les modalités d’identification des seniors fragiles
  • les modalités d’accompagnement et de suivi de ces personnes

Phase 3 : déploiement sur le territoire

L’implication de chacun des acteurs engagés auprès des personnes est essentielle, tout comme un travail collaboratif et continu entre eux. Un ou plusieurs animateurs sont chargés d’établir des liens entre les différents acteurs de l’accompagnement au vieillissement afin d’assurer un suivi global et personnalisé des seniors seuls identifiés. Ils s’appuient sur le réseau associatif existant et les bénévoles engagés pour organiser des activités/animations favorisant le lien social.

Modèle économique

Le modèle économique qui parait le plus approprié est celui du financement par les coûts évités (qui peut être mise en place sous forme de Contrat à Impact Social). Notre intervention préventive et pro-active génère un certain nombre de coûts évités pour la société que l’Action Tank souhaite mesurer :

  • La réduction du montant dédié aux soins hospitaliers suite à une chute par la diminution du nombre de chutes
  • La diminution des dépenses en consommations de soins lié au fait de vivre seul par la création de capital social
  • Le recul de l’entrée en dépendance et la demande prématurée d’aides à l’autonomie par recours aux aides d’adaptation du logement

L’évaluation permettra de mesurer les bénéfices pour les personnes accompagnées :

  • Vieillissement à domicile
  • Accès à des droits et services
  • Amélioration de l’état de santé

D’autres externalités positives seront également à mesurer (le changement de pratiques des acteurs, l’efficacité de leur coordination).

Expérimentation en partenariat avec Finistère Habitat

Ce dispositif est en cours d’expérimentation avec Finistère Habitat, bailleur social du Finistère, sur trois territoires pilotes. 800 locataires de plus de 60 ans sont suivis par 4 chargés de clientèles dont le rôle est de :

  • identifier les personnes âgées fragiles
  • les informer sur les dispositifs existants (aides, adaptations du logement, services)
  • les mettre en lien avec leur entourage et les structures organisant des activités culturelles, physiques, culinaires (…)
  • suivre l’action mise en place

Un pilote financé par Finistère Habitat a assuré

  • l’état des lieux initial des dispositifs et acteurs existants
  • la mise en place du dispositif au sein de Finistère Habitat
  • l’animation de la collaboration avec l’ensemble des partenaires locaux.

L’expérimentation a débuté en 2018 et porte sur une durée de 3 ans, avec pour ambition de déployer le dispositif pour tous les locataires de plus de 60 ans de Finistère Habitat, et potentiellement pour toutes les personnes âgées du plus de 60 ans du Finistère.

Perspectives

L’Action Tank Entreprise et Pauvreté recherche un nouveau terrain d’expérimentation à l’échelle d’un territoire (ville / agglomération / département) afin de lancer une action à destination de l’ensemble des personnes âgées (y compris du parc privé).

En parallèle, la rencontre d’acteurs privés permet d’étudier différentes pistes pour enrichir les 4 volets du dispositif, notamment sur les aspects de fragilité nutritionnelle et de mobilité.